À l’heure où le numérique contribue à façonner nos quotidiens, nos relations et même nos représentations du monde, comment accompagner les jeunes dans la compréhension et l’usage de ces technologies ? Depuis plusieurs années, Charles Busnel mène ce travail d’éducation sur le terrain, au sein de l’association bretonne Liberté Couleurs. Une approche fondée sur l’ancrage local, la co-construction et la transversalité.
« Le numérique, c’est un mot parapluie », résume Charles Busnel. Impossible de l’aborder sans le définir, sans le problématiser. Est-ce une question de santé ? De relations sociales ? De culture générale ou d’esprit critique ? Pour Liberté Couleurs, le travail commence bien avant l’intervention en classe. Une fois les objectifs posés, il s’agit d’interroger les usages réels des jeunes, leurs représentations, tout en étant attentif aux inégalités d’accès et de pratiques : « Le numérique ne peut être envisagé en dehors des environnements de vie – école, famille, loisirs – qui l’influencent et le traversent » rappelle l’intervenant.
Un triptyque : jeunes, parents,
professionnels
L’association développe ses projets autour de trois publics : les jeunes, les parents et les professionnels de l’éducation. Ces actions, pensées en plusieurs séances, s’inscrivent dans une logique de parcours et non de sensibilisation ponctuelle. Ainsi, le projet « ColTIC », déployé auprès de collégiens de 6e et 4e, soutenu par le département d’Ille-et Vilaine, articule plusieurs temps forts : un diagnostic des usages, une exploration des impacts du numérique selon une grille développée en interne (PPRIT : Physique, Psychologique, Relationnelle, Informationnelle, Technologique), et enfin une séance de synthèse centrée sur le cyberharcèlement. « Ce cadre permet aux jeunes de mieux comprendre les impacts de leurs pratiques tout en les positionnant comme acteurs de leur bien-être » souligne notre interlocuteur.
L’approche pédagogique favorise l’implication par des méthodes actives : jeux, mises en situation, débats. « Une fois le cadre posé, mon rôle est celui de régulateur. L’important, c’est de créer un espace où l’on peut apprendre, mais aussi exprimer des désaccords », précise Charles Busnel. Une soirée à destination des parents vient souvent clôturer le parcours : « Cela permet de valoriser les jeunes et de créer un pont entre l’école et la maison ».
Faire lien avec les familles et les
acteurs éducatifs
Les actions ne s’arrêtent pas aux portes de l’école. En partenariat avec des structures locales, Liberté Couleurs anime également des temps d’échanges avec les parents. Toujours en collectif, et dans une posture non prescriptive.
« On n’est pas là pour dire ce qu’il faut faire, mais pour cheminer ensemble », insiste l’intervenant. À l’aide d’outils comme Faminum1, les échanges s’ouvrent sur les représentations, les tensions rencontrées, les styles éducatifs et la recherche collective de repères communs. « Les parents sont souvent confrontés à des injonctions contradictoires. Notre objectif est de proposer des repères, pas des normes rigides ».
Du côté des professionnels, Liberté Couleurs agit en appui, en ingénierie pédagogique, avec une attention particulière à la construction d’objectifs clairs et partagés. « L’éducation au numérique, parce qu’elle touche à des enjeux de citoyenneté, de santé, de rapports sociaux et d’accès aux savoirs, demande un accompagnement transversal et interdisciplinaire ».
On n’est pas là pour dire ce qu’il faut faire, mais pour cheminer ensemble.
Vers une évaluation partagée
Mesurer l’impact de ces actions reste complexe. Faut-il viser une évolution des comportements ? Une prise de conscience ? Une transformation des représentations ? Liberté Couleurs privilégie des formes d’évaluation qualitatives, participatives, souvent construites avec les jeunes.
Charles Busnel conclut : « On peut vite être tentés de surévaluer l’impact des projets. Il faut rester humble sur nos ambitions. Le numérique est une thématique tellement vaste qu’il est essentiel de savoir précisément ce que l’on cherche à faire. »
1 Développé par la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), Faminum est un support ludique et pédagogique conçu pour faciliter les échanges entre parents autour des usages numériques en famille.