Numérique et bien-être des jeunes : retour sur le rapport OMS
Horizon pluriel n°41 /
En mai 2025, le bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Europe a publié une note d’orientation politique intitulée « Addressing the digital determinants of youth mental health » (Agir sur les déterminants numériques de la santé mentale des jeunes). Ce document marque une étape clé dans la reconnaissance des environnements numériques comme des déterminants majeurs du bien-être psychique des enfants et des adolescents. Basé sur une revue des données probantes et des politiques publiques existantes, le rapport formule un appel à l’action. Il interpelle les gouvernements, mais aussi les industries technologiques et la société civile, afin de rendre les espaces numériques plus sûrs, plus équitables et plus favorables à la santé mentale des jeunes.
Des environnements numériques
à double tranchant
À l’heure où les enfants et les adolescents passent de plus en plus de temps en ligne, les risques pour leur santé mentale se multiplient. Si les environnements numériques peuvent offrir des espaces d’expression et de lien social, ils sont aussi le théâtre d’une exposition croissante à des contenus toxiques. Les recherches menées ces cinq dernières années soulignent des associations préoccupantes entre usage excessif des technologies et troubles psychiques : dépression, anxiété, automutilation, stress, isolement social, baisse de l’estime de soi… Les plateformes visuelles comme TikTok, Instagram ou Snapchat, de même que l’essor de l’intelligence artificielle dans les contenus proposés, suscitent une attention particulière.
Les risques incluent le cyberharcèlement, la sextorsion (chantage avec des contenus intimes), les incitations aux troubles alimentaires ou encore les jeux d’argent. Si certaines études soulignent aussi des effets positifs, d’autres mettent en évidence des impacts négatifs et certaines activités en ligne combinent les deux. Toutefois, les jeunes les plus vulnérables sont ceux qui ressentent le plus fortement les conséquences négatives.
Malgré la montée des préoccupations, les politiques mises en œuvre dans la région européenne restent inégales et souvent fragmentées. Nombre d’entre elles reposent sur la responsabilisation des parents et des jeunes eux-mêmes, par le biais de recommandations d’âge, de contrôles parentaux ou de campagnes de sensibilisation à la littératie numérique. Mais pour l’OMS, ces approches ne suffisent pas. Trop peu de dispositifs existent pour réguler les plateformes numériques et responsabiliser les acteurs industriels. Et surtout, les jeunes -directement concernés – sont encore rarement associés aux processus décisionnels.
L’heure n’est plus à prouver que les technologies sont nocives, mais à démontrer
qu’elles sont sûres et bénéfiques.
Renforcer la recherche
L’OMS appelle à un véritable renversement de perspective : l’heure n’est plus à prouver que les technologies sont nocives, mais à démontrer qu’elles sont sûres et bénéfiques. Pour accompagner cette transformation, l’OMS insiste sur la nécessité de renforcer la recherche indépendante et de long terme, afin de mieux comprendre les impacts différenciés des usages numériques selon les profils, les contextes sociaux et les types de plateformes.
Enfin, l’implication significative des jeunes dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques apparaît comme une condition essentielle pour garantir des réponses pertinentes, adaptées à leurs réalités et à leurs besoins.